A quoi peut bien servir l'antiquité de nos jours ?

Pourquoi enseigner encore les déclinaisons, la mythologie, les empereurs romains ou les temples grecs ?
La connaissance des civilisations antiques doit-elle être réservée à une élite ou à des spécialistes de la culture classique?
Comment peut-on encore lire Cicéron ou Plutarque ?
L'antiquité a-t-elle encore quelque chose à dire à l'humanité actuelle ?

"Si on nous pose la question : pourquoi voulez-vous comprendre le monde grec ancien, nous répondrons, certes, que nous voulons le comprendre pour le comprendre. Nous sommes ainsi faits que comprendre ou savoir est déjà une fin en soi, qui ne demande pas d’autre justification. Mais cela coexiste avec : comprendre pour agir et pour nous transformer. A la limite, même si, à la fin de ce parcours, nous restons les mêmes, nous ne le serons plus tout à fait – car nous saurons, ou nous croirons savoir, pourquoi nous avons décidé de rester les mêmes."

Cornélius Castoriadis, Ce qui fait la Grèce, I.

heron

* * *

Réflexion(s) est une revue thématique réalisée par des spécialistes de l'antiquité gréco-latine.

Chaque thème analyse une question qui intéresse le monde actuel en la mettant en relation avec des événements, des textes ou des personnages antiques. Notre but est de réfléchir autrement sur notre temps et nos sociétés, mais aussi de comprendre pourquoi la connaissance de notre antiquité est encore indispensable pour penser le monde d'aujourd'hui. Ce but est, plus largement, le but des études classiques : la lecture de Cicéron ou la visite des ruines de Pompéi sont un miroir dans lequel nous pouvons apprendre à voir avec un peu de recul (et donc un peu plus clairement) notre époque.

Nous t'invitons donc, lecteur, à pratiquer avec nous ce que, depuis les travaux du philosophe allemand H.G. Gadamer, on appelle le "cercle herméneutique" : lorsque nous abordons l'antiquité, nous ne l'interprétons pas avec un esprit vierge, mais avec une conception des choses (actuelles et antiques) déjà formée (Heidegger parlerait de "préconception"). Mais la réalité de l'aspect de l'antiquité que nous examinons ne correspond pas forcément avec cette préconception, ce qui nous oblige à la modifier et non seulement change ensuite le regard que nous porterons sur l'antiquité mais nous invite aussi à concevoir différemment, ne serait-ce qu'en l'interrogeant, le monde contemporain. De ce mouvement circulaire qui s'instaure entre la chose antique et notre esprit au fur et à mesure que s'enrichit notre réflexion, naît un changement radical de notre regard sur nous-mêmes.

figues

Réflexion (du bas latin reflexio, "action de se tourner en arrière", "reflet", "méditation, connaissance de soi", au figuré "proposition réciproque") : phénomène par lequel la lumière est renvoyée par un obstacle ; action de l'esprit qui examine, compare et approfondit ses pensées.

Au pluriel, "réflexions" désigne un ensemble de pensées constituant un enseignement moral. (d'après A. Rey, Dictionnaire historique de la langue française)

Réflexion(s) est une publication des Presses Universitaires de Perpignan.

ISSN : 2100-0034